Peut-on empêcher une personne de mettre fin à ses jours ?

 

Je vous l’accorde, il y a dans la question que je pose un arrière-goût d’évidence et un soupçon de provocation.

Évidence, parce que si on le pouvait on le ferait… Provocation, parce que je sous-entends qu’on ne le fait pas toujours…

Et pourtant…
Plusieurs études le prouvent : en France, aujourd’hui, chaque jour une personne se donne la mort pour des raisons liées à son travail. Tandis que vous lisez mon article, une personne a peut-être déjà pris sa décision. Elle est peut-être sur le point de passer à l’acte. A moins qu’il ne soit déjà trop tard.

Doit-on vraiment estimer qu’il s’agit d’une fatalité ? Doit-on rester sans rien faire ?

 

Le sentiment de culpabilité des proches

Clarifions en premier lieu un point fondamental. Cet article n’a pas pour vocation de culpabiliser mais d’alerter et peut-être de prévenir. Lorsqu’on perd un proche de cette terrible manière, l’étau de la culpabilité se referme injustement sur nous. Immédiatement et parfois durant le reste de notre vie. Pourquoi n’ai-je rien vu venir ? Comment aurais-je pu l’éviter ? Mille fois on se repasse le film de ce qu’on n’a pas fait, de ce qu’on n’a pas dit, de ce qu’on aurait pu faire. Et chaque fois, on en revient à la même conclusion. C’est désormais trop tard.

Souvent, notre entourage essaie de nous faire sortir de cette impasse. « Tu ne pouvais pas savoir », « Tu n’y es pour rien ». « C’est lui (c’est elle) qui en a décidé ainsi ». Des formules toutes faites, tout juste apaisantes le temps de les entendre mais vite chassées par les précédentes questions qui continuent de nous hanter.

Et inlassablement, les yeux humides, on regarde avec regret les photos de l’être perdu.
C’est à chaque fois pareil, me direz-vous quand on perd quelqu’un qui nous est cher. Même quand on perd un grand-père sur le point d’être centenaire et qui s’est endormi à jamais.

 

NON. Définitivement, ce n’est pas pareil. Je n’irai pas jusqu’à utiliser l’oxymore « belle mort », mais il y a des morts plus « tolérables » que d’autres. Nous savons tous quel est le processus normal de la vie. Même l’enfant dès son plus jeune âge comprend qu’il n’y a pas de vie sans issue. Les psychologues estiment même que cette prise de conscience de la « non réversibilité » de la mort commence vers 5 ans !

Ce qui nous bouleverse dans la mort quand c’est une personne qui se la donne, c’est qu’il s’agit d’un acte qui aurait peut-être pu être évité. Comme si cette mort ne venait pas d’une cause extérieure.

 

Quand une personne meurt d’un accident de voiture, on peut estimer que « c’est la faute à pas de chance », haïr le conducteur d’en face qui lui a coupé la route, maudire le dysfonctionnement de son véhicule… mais on dédouane l’intéressé(e) de toute responsabilité et par la même de la nôtre.

 

 

Le sentiment de culpabilité dans l’environnement professionnel

Il n’est pas rare que ce sentiment affecte l’environnement professionnel de celui (ou celle) qui a mis fin à ses jours. Là encore, soit on n’a rien vu et on s’en veut. Soit on voyait bien que ça n’allait pas mais on ne pensait pas pour autant que cela finirait ainsi et on s’en veut… Bref, dans tous les cas on s’en veut.

On trouve déjà ce sentiment de culpabilité chez les managers ou les collègues des personnes faisant un burn out. Souvent, elles tombent de haut devant la gravité de la situation. Elles n’avaient pas imaginé que cette « fatigue » dont souffrait cette personne conduirait à des mois (parfois des années) de congé maladie. Là encore, ce n’est souvent qu’en se repassant le film qu’on trouve des indices qui auraient pu (dû?) nous alerter. La maladie, la détresse, la mort nous font peur. Comme si elles étaient contagieuses… Parfois, en toute bonne foi, on choisit (souvent inconsciemment) de ne pas voir… Mais ce qu’on n’a pas réussi à voir et à interpréter sur le moment jouit d’une autre lecture après coup.

 

Encore trop souvent, dans le cas des burnout comme celui des suicides, l’entreprise (et je fais là allusion essentiellement à la Direction) réfute sa responsabilité. « Elle avait des problèmes personnels… », « Il avait une fragilité psychologique ». Comme pour dire « c’est pas de ma faute, j’y suis pour rien). Comme si on voulait à tout prix exclure le lien pourtant incompressible entre la situation tragique d’un individu et les causes professionnelles qui en sont à l’origine.

 

Mais l’entreprise avait-elle pour autant tout mis en œuvre ? Beaucoup trop d’entreprises restent encore trop laxistes par rapport à des organisations inadaptées (et pourtant toujours en place) et pire à des managers toxiques. Un allègement de la charge, plus de moyens, davantage de soutien, une meilleure écoute notamment managériale… Que de ressorts qui n’ont pas été développés !

 

Il y a 2 ans, alors que la Presse faisait état d’une vague de suicides sans précédent au sein des forces de l’ordre, je décidai de contacter la responsable formation pour lui dire que je me tenais prêt (avec mon expertise professionnelle reconnue sur ces sujets) à être force de proposition sur des mesures, des moyens, des aides destinées à tenter d’enrayer cette funeste spirale. J’ai reçu pour toute réponse un courrier. Un courrier me disant succinctement en substance qu’ils avaient déjà tout ce qu’il faut en interne et que les policiers n’avaient besoin de rien. Vu la courbe des suicides depuis, je crains qu’elle ne se soit montrée un peu trop optimiste. (je lui renouvelle ma proposition si d’aventure elle lisait ce post). Heureusement, au sein de la Police Nationale comme dans d’autres entreprises, il y a des hommes et des femmes qui se mobilisent au quotidien pour lutter contre la souffrance des collaborateurs et aider leurs collègues à mieux vivre au quotidien.

 

Mieux vaut prévenir que… guérir

Mais quels moyens sont mis en œuvre pour aller plus loin ?

Pourquoi ne pas privilégier l’action présente qui conditionne l’avenir, plutôt que de s’interroger après coup sur ce qu’on aurait pu faire…
Un pont s’effondre. On aurait dû le consolider en amont. Un train déraille. On aurait dû contrôler l’état de la voie. Curieuse habitude ici-bas consistant à déplorer ce qui a déjà eu lieu, à regretter qu’il en soit ainsi et pourtant à ne pas mettre de moyens suffisants en œuvre pour éviter, pour prévenir.

« Mettre en place des actions de préventions ? Apprendre aux managers ou aux collègues à détecter les signaux faibles ? Offrir de l’écoute sous forme d’ateliers, de séances de sophrologie, de coaching ? Ça coute cher ! » Oui mesdames, messieurs les cheff(e)s d’entreprise… Oui, mesdames, messieurs les DRH… C’est un budget. Mais combien coûte une vie humaine ? Combien seriez-vous prêt(e) à payer pour faire revenir à la vie un être qui vous était si cher ? Ces hommes, ces femmes aujourd’hui disparus étaient tous et toutes chers pour leurs proches, à la maison comme sur le lieu de travail.

A défaut de pouvoir avec tout l’or du monde les ramener à la vie, ne doit-on pas tout mettre en œuvre pour éviter qu’ils la perdent ?

Les personnes qui passent à l’acte ont le sentiment d’être dans une impasse, leur souffrance les dépasse… Ils ne voient pas d’autre issue… A nous de les écouter, de leur ouvrir de nouvelles portes, de leur faire découvrir de nouveaux horizons, de libérer leur parole… 

Les chiffres parlent d’eux-même. L’agence européenne pour la sécurité et la santé au travail indique clairement qu’un euro investit pour la prévention des risques psychosociaux dans les entreprises, quelqu’en soit les modalités, rapporte un bénéfice d’environ 13 euros. 13 fois la mise ! Beaucoup jouent en bourse sans avoir la certitude d’un aussi bon retour sur investissement! Et pourtant, aujourd’hui encore, trop de décisionnaires s’enferrent dans la frilosité, la prudence… et attendent que les situations se dégradent pour agir, souvent trop tard, si toutefois ils agissent véritablement.

 

Lorsqu’une personne se suicide à cause de son travail. Ce n’est pas elle qui se donne la mort. C’est son travail. Elle est devenue l’instrument d’une mort dictée par un système aveugle, injuste, irrespectueux de l’être humain. Voilà pourquoi, on regrette qu’elle l’ai fait, mais on ne lui en tient pas rigueur. Car au-delà de notre propre souffrance, c’est elle, la personne concernée, la première victime.

 

« Il vaut mieux prévenir que guérir », une expression bien connue qui existait déjà en latin médiéval. C’est dire que l’impératif d’anticipation n’est pas moderne. Une expression qui veut tout simplement dire qu’avec des actions préventives, il sera plus facile de lutter, de vaincre contre le mal qu’avec des actions curatives parfois longues et douloureuses…

Malheureusement, sur le sujet qui nous concerne ce n’est pas plutôt prévenir que guérir mais plutôt : prévenir que mourir.

 

 

 

 

 

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