Dans le cadre professionnel, il se passe des choses étranges parfois. Il arrive qu’on utilise des formules assez longues, assez imprécises pour parler de sa compagne ou de son compagnon…

 

Lorsqu’on est un homme et qu’on vit avec une femme, ou inversement, ça ne semble pas si difficile de dire « ma femme » ou « mon mari ».

Là où ça commence à se gâter, c’est lorsque on est un homme et qu’on parle… de son mari, lorsqu’on est une femme et qu’on parle… de sa femme !

 

Être aujourd’hui dans cette situation en France n’a pourtant rien d’extravagant ni d’illégal. Depuis 2013, plus de 40 000 mariages de personnes du même sexe ont été célébrés.

Et pourtant, on ne peut que le constater, certaines oppositions, certains préjugés demeurent, notamment dans la sphère professionnelle.

 

C’est sans doute pour cela, qu’en entreprise, beaucoup d’homosexuel(le)s préfèrent rester discrets sur leur vie amoureuse. Ils font le choix de ne pas faire leur « coming out » soit parce qu’ils ne savent pas comment leurs collègues, leur manager réagiraient, soit parce qu’ils ne le savent que trop bien ! Il n’est pas rare, en effet, d’entendre sur les lieux professionnels des commentaires douteux, des blagues lourdes de sous-entendus qui nous font vite comprendre à qui on a à faire.

 

Il en est.

 

« Il en est ».

J’avais entendu, il y a quelques années, 2 collaborateurs parlant d’un troisième en ces termes. La formule avait été prononcée avec un geste caricatural de la main, censé caractériser un homme aux manières efféminées.

« Il en est ». Trois mots pour évoquer, avec une pudeur déplacée, un choix d’appartenance, un choix de vie, d’autres diraient un simple état, une nature qui s’est imposée à soi.

« Il en est ». Une formule pleine de mystère, comme si l’on parlait d’un espion, d’un membre d’une confrérie secrète, comme si le fait même de dire d’autres mots, les vrais, exposeraient leur auteur à l’opprobre ou à la contagion.

 

Derrière le silence que certains choisissent d’adopter dans le milieu professionnel, il y a souvent la peur. Plusieurs peurs, devrais-je dire. Déjà, la peur d’être regardé différemment. On a peur de ne pas être compris et de passer pour une bête curieuse aux yeux des autres. De cette peur, en découle une autre, celle d’être rejeté. Être rejeté parce qu’on est différent. Être mis à l’écart, du jour au lendemain, parce qu’on a osé dire qui posait sa tête à côté de la nôtre, le soir, sur l’oreiller.

 

Pour éviter ce regard potentiellement désapprobateur, pour se fondre dans la masse et ne pas souffrir d’un traitement de « défaveur » on préfère se réfugier souvent dans le silence ou dans l’ambiguïté.

L’ambiguïté est plus frappante à l’oral qu’à l’écrit. Lorsqu’on est un homme et qu’on parle de son « ami », c’est facile. Notre interlocuteur, en fonction de ses convictions ou de son ouverture d’esprit mettra (ou non !) spontanément un « e » à la fin du mot « ami ». Et celui qui parle aura presque le sentiment de ne pas avoir trahi la réalité.

 

Vous êtes probablement nombreux/nombreuses à vous reconnaître dans ces mots ou à connaître quelqu’un(e) susceptible de s’y reconnaître.

 

« Une fois qu’on a mis un pied dans le mensonge, il faut que tout le reste passe » Cocteau

 

Vous savez donc que cela se complique un peu quand on vous questionne sur l’ami(e) en question. « Elle fait quoi ta copine ? » Aie ! Difficile de répondre alors «ma copine… il est plombier » ! Ça risque de plomber l’échange… Difficile parfois, mais pas impossible pour autant.

 

Vous faites peut-être parti de ceux (celles) qui décident de continuer à entretenir la confusion. Vous répondez en disant « la personne avec qui je vis, travaille dans la… ». Ensuite, il suffira de continuer à dire « Elle ». L’autre entendra la femme, alors que pour vous il s’agira de « la personne ».

 

Vous n’êtes pas au bout de vos peines lorsqu’on vous interroge sur le prénom de « l’heureuse élue ». A moins de partager sa vie avec Dominique, Michel, Camille ou Frédéric… vous serez souvent confronté à ce dilemme qui vous conduira parfois à rebaptiser votre compagnon. Sylvain devient Sylvie, Laurent devient Laurence, Jean devient Jeanne. Vous n’éprouvez pas de fierté particulière à cette métamorphose nominale, mais vous n’avez pas trouvé mieux pour assurer votre tranquillité et éviter une éventuelle dégradation de votre quotidien professionnel.

 

Et votre futur professionnel ?

 

Vous souhaitez ménager votre quotidien professionnel, mais également votre futur.

Une autre crainte pourrait, en effet, émailler l’équilibre professionnel que vous maintenez jusqu’à présent, le fait qu’en rendant officielle votre orientation sexuelle, votre parcours, votre évolution soit susceptibles d’en souffrir. Ce n’est pas un mythe, encore aujourd’hui nombre d’homosexuel(le)s se cognent la tête au plafond de verre édifié spécialement pour eux.

En d’autres termes, leur carrière risque d’être freinée, leur ascension limitée tout simplement parce qu’ils partagent leur vie avec un être qui leur ressemble un peu trop au goût de certains…

 

Alors, comment sortir de cette situation ?

La solution peut bien sûr se trouver directement dans les personnes concernées. Si, un beau jour, elles rendaient toutes publiques leur orientation sexuelle, cela les rendrait plus fortes. Elles seraient moins stigmatisées car on se rendrait compte alors que beaucoup plus de personnes qu’on ne l’imaginait sont concernées. Cela limiterait aussi les blagues douteuses ! (Pas forcément l’homophobie, c’est vrai !).

 

Ce pourrait être une bonne idée que toutes ces personnes le fassent en même temps, le même jour !

Pourquoi pas lors de la journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie ? Vous savez quand c’est, bien sûr ?

Non ? Pourtant c’est le même jour, tous les ans et depuis des années !

 

18 mai, journée internationale de lutte contre l’homophobie

 

Vous voyez, le problème est là. Les entreprises -pour la plupart d’entre elles- s’investissent encore peu sur ce sujet même si elles savent pertinemment qu’il concerne beaucoup de collaborateurs et de collaboratrices. Certaines le font et en se proclamant publiquement ouverte à la diversité, en lutte contre toute discrimination en rapport notamment avec l’orientation sexuelle, elles permettent à ceux qui ne sont pas concernés d’être sensibilisés et à ceux qui le sont d’être rassurés.

 

Comme pour toute discrimination dans l’entreprise, chacun doit se mobiliser. Au niveau de la Direction, des RH, au niveau managérial et bien sûr au niveau de chaque collaborateur, chaque collaboratrice.

 

Et si tout était une question de communication ? 

Au fait, quel est le prénom de la personne avec qui vous vivez ?

 

 

Ne partez pas déjà!

 

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