On ne sait pas toujours comment réagir en entreprise quand on se trouve confronté à des comportements inhabituels, à des situations auxquelles on ne s’attendait pas…

C’est ce qui est arrivé à ce professionnel que je coachais qui me racontait lors d’une séance ce qui lui était arrivé la veille...

 

 

Il partage son bureau avec une collègue. Il était en entretien avec leur manager. Et tandis que ce dernier le raccompagne dans son bureau… Le manager ouvre la porte et trouve sa collègue plus ou moins affalée sous le bureau…

Elle n’est pas évanouie. Elle est dans un état bizarre. Elle regarde les deux hommes entrer et leur fait un large sourire.

Très vite, les deux hommes comprennent qu’elle n’est pas dans son état normal.

Ils la questionnent. Ils lui demandent si « ça va », même si manifestement ça ne peut pas aller dans une telle situation !

Son discours est un peu incohérent. Ils l’aident à se relever et à s’asseoir. A son contact, ils croient deviner des effluves d’alcool…

Que faire dans une telle situation ? Que faire lorsqu’on remarque ponctuellement ou à plusieurs reprises qu’un collègue ou qu’un membre de l’équipe est « alcoolisé » sur le lieu de travail ?

 On pourrait être tenté de répondre avec notre cœur et notre spontanéité, appuyons nous plutôt sur la législation et vérifions si notre approche y est bien conforme!

 

Premier point : l’alcool est-il autorisé sur le lieu de travail ?

 

La réponse est oui mais pas n’importe quel alcool. A titre exceptionnel, le vin, la bière le poiré ou le cidre sont autorisés. Outre la présence de ces alcools dans le restaurant d’entreprise, ils pourront être consommés avec modération dans les locaux de l’entreprise pour une occasion exceptionnelle.

 

Ça, c’est ce que dit la loi !

Un employeur peut aller plus loin en rajoutant des mentions sur le sujet dans le règlement intérieur afin de limiter ou d’interdire totalement la consommation d’alcool.

 

Deuxième point : a-t-on le droit d’être alcoolisé dans un lieu professionnel ?

 

Non ! il est interdit de laisser entrer ou séjourner sur le lieu de travail des personnes en état d'ivresse.

Cette interdiction est valable pour tout le monde. Ce qui signifie que n’importe quel collaborateur de l’entreprise doit intervenir s’il se trouve en présence d’une personne alcoolisée.

 

En cas de dommages liés à l’état d’ébriété d’un salarié dans le cadre professionnel, l’employeur est responsable. Cette responsabilité s’appuie sur l’article 1384 du code civil : « on est responsable non seulement du dommage que l’on cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé par le fait des personnes dont on doit répondre, ou des choses que l’on a sous sa garde“.

Mais l’article concerne également l’ensemble des salariés de l’entreprise qui sont tous sous la responsabilité de l’employeur. En d’autres termes, tout personne qui est en présence d’un autre professionnel en état d’ébriété et qui n’intervient pas peut être incriminé au regard de la loi. C’est d’ailleurs le cas, lorsqu’on constate le nombre de cas de collègues condamnés par la Cour de cassation pour ne pas avoir joué le rôle attendu. On entre de plein fouet dans la fameuse « non-assistance » à personne en danger.

 

L’employeur a également pour obligation d’instaurer au sein de son entreprise des mesures de prévention et notamment d’information, sur ce qui est autorisé et sur ce qui ne l’est pas en la matière mais également sur les risques liés à l’absorption d’alcool.

 

Troisième point : des risques, oui. Mais lesquels ?

 

Et les risques sont loin d’être mineurs, lorsqu’on sait que plus de 20% des accidents du travail concernent des personnes qui avaient un taux d’alcoolémie supérieur au taux légal, à savoir 0,5g/l.

 

On parle de risques, mais au fond, quels risques ?

La première personne concernée par ces risques est bien évidemment celle qui boit !

Elle amoindrit ses propres capacités. Qu’il s’agisse de ses réflexes, de ses échanges, de sa concentration… Elle prend le risque de faire des erreurs professionnelles qui pourraient avoir de fâcheuses conséquences.

Des risques, il y en a aussi pour ceux qui manipulent des engins ou conduisent des véhicules dans leur quotidien professionnel. Pour eux mais également pour les autres…

On l’imagine, il y a aussi des risques, à terme, pour l’emploi de la personne. A  force d ‘erreur, d’irritabilité ou de comportements inadaptés, elle prend le risque de perdre son emploi…

Il y a aussi un risque en terme d’image. Cette personne n’est plus regardée de la même manière ni par son manager ni par ses collègues.

Mais il y a également l’image de l’entreprise peut encore en pâtir. Fournisseurs ou pire clients peuvent être heurtés par une conduite inhabituelle d’un professionnel et s’interroger parfois sur la fiabilité de l’entreprise.

Sans parler bien évidemment de l’impact direct sur la propre santé des salariés concernés.

  

Quatrième point : concrètement, que faire ?

 

On l’a bien compris –et on s’en doutait !- sur le plan légal, l’alcool et le travail ne font pas souvent bon ménage.

 

Qu’on soit manager ou collègue, on ne devrait pas se taire. Mais le sujet reste délicat. Alors comment l’aborder ? Doit-on faire comme si on ne voyait rien, se défiler ?

Choisir la solution de facilité, la lâcheté et se mettre soi-même dans l’illégalité ?

Ce n’est certes pas le meilleur moyen d’aider la personne en difficulté à s’en sortir.

 

Agir ? Mais comment ?

D’abord, cela vous étonnera peut-être, est-on sûr que l’état de la personne en question est bien dû à l’alcool ? Il y a certaines drogues et certains médicaments qui peuvent induire des comportements similaires et laisser penser à un état d’ébriété.

Le seul moyen d’être sûr qu’il s’agisse d’alcoolisme est de prendre la personne sur le fait ou de repérer chez elle une odeur d’alcool évidente. Ou encore de trouver dans ses affaires des bouteilles d’alcool entamées.

 

Il faut un certain courage pour aller vers cette personne et l’inviter à s’exprimer. Rien ne nous oblige à le faire de façon frontale. Rien ne nous contraint à lui parler immédiatement d’alcool (surtout si on n’en est pas sûr).

Mais on peut, en revanche, avec simplicité, lui dire qu’on a remarqué des comportements nouveaux chez elle, lui faire part de notre inquiétude par rapport à ces comportements. Montrer qu’on est préoccupé pour elle et pour le travail.

On tâchera de s’appuyer sur des faits précis et non uniquement sur des ressentis.

Si on peut lui donner des exemples de dysfonctionnements dus à son état singulier et qui ont des conséquences fâcheuses sur l’activité et le cas échéant sur le service, on le fera. L’idée est bien de lui faire prendre conscience qu’on n’est pas aveugle et qu’on peut l’aider.

 

Il ne s’agit pas de se substituer à un professionnel de santé ou à un spécialiste de ces problématiques, mais simplement de tendre une main, de ne pas rester passif.

 

Il est également nécessaire, quand bien même la personne intéressée nierait l’état dans lequel elle se trouve, de ne pas la laisser dans l’entreprise. Mais on ne se contentera pas de lui dire de rentrer chez elle. En cas d’état particulièrement dégradé, il vaut mieux contacter une structure d’urgence (SAMU/ SOS médecin).

Le médecin pourra statuer sur la nécessité éventuelle d’une hospitalisation ou du simple retour à son domicile du collaborateur.

 

Il sera alors possible, avec l’aval du collaborateur, soit de prévenir sa famille, soit de le raccompagner en voiture (taxi ou véhicule personnel). Dans cette éventualité, on privilégiera la présence d’un ou d’une collègue.

 

En aucun cas, bien sûr, on ne le laissera quitter les lieux au volant de son propre véhicule, quand bien même il insisterait pour le faire !

 

Le manager démuni face à ce genre de problématiques a, heureusement, la possibilité de frapper à plusieurs portes : médecin du travail, assistante sociale, service des ressources humaines.

En interne, ou en externe, il peut être utile d’informer et de s’informer et de partager ses difficultés avec des interlocuteurs qui auront du recul par rapport à la situation et qui ont l’habitude d’aborder ce genre de contextes.

 

Comme le dit la chanson folklorique depuis fort longtemps :

Boire un petit coup, c’est agréable…

Mais il ne faut pas rouler dessous la table...

 

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